Homélie pour le deuxième dimanche de
l’Avent 2005.
« Que dit le
Seigneur Dieu ? J’écoute. Il dit la paix pour son peuple » (Psaume
85). Le temps de l’Avent est ce temps privilégié que Dieu nous donne pour nous
préparer à accueillir la paix. Dans trois semaines nous célébrerons Noël en
nous souhaitant la paix. Alors que les décorations des rues et les magasins
nous poussent à la fête et à l’achat, la liturgie de l’église nous exhorte à gagner les profondeurs de notre cœur
pour libérer le désir de Dieu enfoui en chacun de nous. Nous avons besoin de
nous concentrer. Pour vivre pleinement il devient nécessaire d’élaguer le
superflu. L’homme contemporain s’agite encombré de besoins créés par la
publicité et de loisirs proposés par l’industrie du tourisme. La culture
ambiante crie : « Tu n’es pas bien parce qu’il te faut plus de
choses. »
Jean le Baptiste
apparaît dans le désert là où il n’y a rien, vêtu de poil de chameau avec une
ceinture de cuir autour des reins, se nourrissant de sauterelles et de miel
sauvage. Quel contraste entre l’appel à la préparation de la venue du Sauveur
par Jean le Baptiste et la préparation imposée par la société de consommation.
Jean crie : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez la
route » (Marc 1,3). Il s’agit bien d’aplanir la voie et de simplifier
l’existence.
L’Avent et le Carême
revêtent la même couleur violette, symbole de pénitence. Ces deux temps
liturgiques nous appellent à prendre le chemin de la conversion. La conversion
simplifie notre existence en enlevant les mauvais plis. La conversion aplanit
le chemin pour ne garder que l’essentiel. La conversion purifie notre cœur pour
qu’il soit un, sans mélange. Souvent nous désirons une chose et son contraire.
La contradiction marque nos journées. Nous voudrions vivre pour Dieu mais nous
ne prenons pas le temps de prier. Nous parlons de respect mais nous dominons les
autres. Nous aspirons à aimer mais nous n’écoutons pas nos proches. Le mari
veut l’épouse et la maîtresse. Le politique aspire à l’honnêteté et au succès à
tout prix. Le paresseux dénonce celui qui réussit mais il se plaît à
demeurer assisté. « Malheureux homme que je suis », s’exclame saint
Paul. « Qui me délivrera de ce corps de mort ? Car je ne fais pas le
bien que je voudrais faire et j’accomplis le mal que je ne voudrais pas
accomplir ». D’où l’agressivité, le malaise, la colère, la jalousie, le
murmure et les propos acides.
Figure prophétique,
Jean le Baptiste proclame : « Voici venir derrière moi, celui qui est
plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour
défaire la courroie de ses sandales. Moi je vous ai baptisés dans l’eau ;
lui vous baptisera dans l’Esprit Saint » (Marc 1, 7-8). La conversion ne
saurait se réduire à un effort moral toujours humainement nécessaire. La
conversion est l’œuvre du Saint-Esprit. Laissons-nous guider et convertir par
l’Esprit Saint. Dans ce retournement divin de notre vie nous découvrirons la
plénitude tant recherchée que la Bible appelle paix.
Que veut Dieu ?
Dieu veut la paix de notre cœur.
A Noël, les chrétiens
attendent le Messie. Au moment de la mort, le fidèle découvre la paix du Christ.
Lors de la venue finale du Seigneur, ce sera la paix et la joie. Pour recevoir
la paix et la joie dès maintenant l’église
nous montre le chemin : accueillir la Parole de Dieu, écouter
attentivement avec foi la lecture de la Bible, nous nourrir du pain de la
Parole de Dieu.
Le Père Lagrange,
dominicain, fondateur de l’école
biblique de Jérusalem, écrit : « Dieu a ouvert dans la Bible un champ
infini de progrès dans la vérité. » Le temps de l’Avent ne nous propose
point une attente passive mais un progrès dans la connaissance du mystère de
Dieu.
Le psaume 85 relie
l’amour et la vérité, la justice et la paix : « Amour et vérité se
rencontrent, justice et paix s’embrassent. » La lecture priante de la
Bible que nous appelons « lectio divina » nous plonge dans la lumière et dans
l’amour de Dieu. Le cardinal Martini, ancien évêque de Milan, n’hésite pas à
rappeler la nécessité pour un chrétien de se nourrir
quotidiennement de la Bible. La foi du charbonnier est bonne pour les
charbonniers mais aujourd’hui dans la société de l’informatique il reste peu de
charbonniers ! Seule l’étude critique de la Parole de Dieu pourra
surmonter la critique foncière et farouche lancée contre la vérité révélée dans
la Bible.
Dans la tradition de l’église, la lectio
divina représente un chemin qui monte vers Dieu à
travers différentes étapes : la lecture, la méditation, la prière et la
contemplation. Le chrétien se met à l’écoute de l’Esprit Saint qui lui parle
dans le texte biblique. La lecture de la Bible appelle l’approfondissement
priant du texte. Il y a le sens littéral et le sens spirituel. Le sens
spirituel annonce la venue de Jésus-Christ, l’appel à la conversion dans la vie morale et
l’avènement du Seigneur à la fin de l’histoire.
Le psaume 85 de ce
dimanche a été écrit après le retour de l’exil en Babylone qui avait duré
cinquante ans, au VIe siècle avant Jésus-Christ. C’était le retour
au pays, le commencement d’une nouvelle vie. Parmi ceux qui retournent à
Jérusalem nombreux sont nés pendant l’exil. Ils représentent une nouvelle
génération qui se heurte à une autre génération, ancienne, qui était restée sur
place à Jérusalem. Tous fêtent le Seigneur : « Son salut est proche
de ceux qui le craignent et la gloire habitera notre terre » (Psaume 85,
10). à Jérusalem les croyants
font l’expérience de Dieu. Dieu est vrai, fidèle et amour. La vérité ne
s’oppose pas à l’amour comme dans notre vie ordinaire. Parfois nous entendons
dire : « Je n’ose pas lui dire la vérité, je l’aime » ou
« je vais te dire ce que je pense ». La vérité ressemble alors à une
guillotine et l’amour s’avachit dans le mutisme. En Dieu l’amour est
intelligent. Sa sagesse est amoureuse. « Amour et vérité se
rencontrent » (Psaume 85, 11).
Pas de paix sans
justice et pas de justice qui ne conduise à la paix. à la plénitude des temps que nous célébrons à Noël « la
vérité germera de la terre » (Psaume 8, 12), l’enfant Jésus. Le Prologue
de saint Jean, résumé de l’évangile,
met en valeur cet événement capital de l’histoire de l’humanité :
« La Loi nous a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité nous sont
venues par Jésus-Christ » (Jean 1, 17). Par ailleurs, le mot
« germe » était l’un des noms du Messie dans l’Ancien Testament.
« Le salut est
proche de ceux qui l’aiment ». Ici le psaume renvoie à Jésus dont
l’étymologie signifie précisément « Dieu sauve ».
Avec le psaume nous
prions : « La gloire habitera notre terre ». Dans son évangile,
saint Jean s’émerveille de la manifestation du Fils de Dieu fait homme :
« Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa
gloire, gloire qu’il tient du Père » (Jean 1, 14).