Fête de la vie religieuse : la Chandeleur

Célébration de l’office des Vêpres le 3 février 2007, en l’église  Saint-François-de-Paule, avec les religieuses et les religieux du diocèse de Nice.

Lecture : Évangile de la Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem (Luc 2, 22-40).

Homélie

Béni soit le Père qui nous a appelés à partager la Lumière de son Fils dans la vie religieuse ! Aujourd’hui nous rendons grâce à Dieu pour le don de la vie religieuse à son Église et plus précisément à notre diocèse de Nice. Les charismes accordés à nos différentes congrégations sont divers : l’éducation, le service des malades, la pastorale et la prédication, la formation et l’enseignement de la théologie… La grâce de l’Esprit Saint est donnée pour une tâche : témoigner de l’amour lumineux de Dieu par l’exemple et la parole envers tous les hommes. L’aspect universel, catholique, du salut est célébré par le vieillard Syméon : « Lumière pour éclairer les païens et gloire de ton peuple Israël ».

L’événement de la Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem rayonne la paix. Marie et Joseph ne prennent pas la parole dans le récit de saint Luc. Ils sont rentrés dans leur âme pour y contempler dans la lumière de la foi l’évolution de leur fils Jésus. Ils brillent comme un modèle de vie intérieure pour la vie religieuse qui commence par une année de silence au noviciat.

Marie et Joseph offrent leur fils premier-né au Seigneur. Jésus est consacré ainsi au Temple de Jérusalem, cœur de la foi juive. Deux petites colombes, offrande des gens modestes, symbolisent l’humilité des parents : « La puissance de Dieu se déploie dans la faiblesse humaine. »

Syméon accueille l’enfant dans ses bras. Saint Luc précise l’action de l’Esprit Saint en lui à trois reprises : « l’Esprit est sur lui » ; « il est instruit par l’Esprit » ; « il est poussé par l’Esprit ». Ce vieillard reste toujours présent dans la prière de l’Église par son Nunc dimittis chanté chaque soir à l’office des Complies. Homme comblé, il est prêt pour son exode vers Dieu. Syméon bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole. »

À la différence de Syméon, des religieux et des religieuses âgés tombent parfois dans l’amertume, la plainte et l’agressivité. Ils estiment que leur vie n’a plus de sens puisqu’ils ne sont plus utiles. La vie religieuse ne repose pas sur le faire mais sur le témoignage de foi en Dieu qui fait grâce. C’est pourquoi les frères et les sœurs malades ou avancés en âge ont une mission précieuse à accomplir : celle de témoigner de Dieu dans la dépossession, le dépouillement et l’abandon à la suite du Christ « qui ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu mais qui s’est dépouillé lui-même ». La qualité de notre vie religieuse ne se mesure pas à l’aune des activités ni des postes occupés, mais elle est en rapport direct avec le mystère de la croix du Christ annoncé à Marie par Anne la prophétesse : sur le Calvaire, « une épée transpercera ton cœur ». Notre société regorge de discours sur l’efficacité, la force, la jeunesse et le plaisir. Les religieux et religieuses âgés peuvent ouvrir l’esprit de l’homme contemporain à d’autres dimensions : la présence de la lumière de Dieu dans les épreuves, la maladie, la vieillesse et l’échec. Leur rôle est à mettre en valeur aussi bien dans les communautés que dans l’Église. Dieu est gratuit. Le salut ne s’achète pas. Il ne peut pas être pris. La grâce est répandue sur l’humanité par le seul amour de Dieu. Le but de la vie religieuse est bien celui-là : faire resplendir l’amour de Dieu dans les épreuves de l’histoire.

Par ailleurs, un autre danger risque d’éteindre la lumière de la vie religieuse surtout chez les plus jeunes et les plus actifs : le « moi d’abord ». D’abord mon travail, mon épanouissement, mes relations et après, le service de la communauté. D’où les conflits et les dysfonctionnements. La vie religieuse devient alors opaque, insipide, sans attrait original pour ceux du dehors. Elle n’est plus offrande comme à la Chandeleur. Elle n’est plus un témoignage de foi ni de renoncement. L’apostolat devient une affaire d’habileté personnelle et non un service. L’esprit n’est plus libre ni disponible. Nous ne sommes pas devant l’œuvre de Dieu mais face à la recherche de la volonté humaine. Saint Paul apôtre dans le chapitre 12 de l’Épître aux Romains s’adresse à chacun d’entre nous : « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vos avez à rendre. »

Notre frère Martin, toujours fidèle à son poste de sacristain, a vu son frère Basile, frère des Écoles chrétiennes rejoindre le Père il y a quelques mois au Liban au terme d’une belle vie d’enseignant qui a marqué des milliers d’élèves. Frère Basile aimait une phrase : « Il faut embrasser l’état religieux et non l’embarrasser. »

Prions les uns pour les autres pour qu’à l’image de l’Enfant Jésus notre vie religieuse grandisse « en sagesse et en grâce ».

 

Fr. Manuel Rivero o. p.

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